« Carmen » est un opéra de Bizet dont le personnage principal est une femme aussi belle qu’elle est tentatrice. Carmen est la femme fatale par excellence. Elle est en charge de sa vie, de son destin et de ses amours. Elle n’en est d’ailleurs par avare, flirtant avec les officiers et séduisant Don José avant de le quitter pour le torero Escamillo.
Carmen est une femme énergique, envoûtante et, par-dessus tout, volage. La bohémienne est tout aussi rebelle que l’amour au sujet duquel elle chante longuement. Ainsi, dès ses premiers moments sur scène, Carmen met en garde le public et Don José contre sa véritable nature. C’est une femme rebelle, sauvage, qui, comme l’amour, ne peut être apprivoisée. Et c’est bien en vain que Don José l’appelle.
Carmen est la définition même de la femme fatale : insatiable, et bien sûr inatteignable. Malgré de nombreuses mises en garde, Don José se laisse prendre au piège, abandonne sa fiancée Micaëla et sa carrière pour suivre Carmen jusqu’au bout du monde. Avec les bohémiens, Don José goûte à la liberté mais également au déshonneur après avoir déserté.
Don José a abandonné son poste et toute sa vie, ainsi que sa pauvre mère et sa fiancée, ce qui crée de facto une opposition entre les femmes de sa vie. La mère de Don José, vieille femme abandonnée, et Micaëla, fiancée à la gentillesse et au courage sans borne, soufrent de la main de Carmen, qui a envoûté Don José au point de lui faire quitter tous ceux qu’il connaissait.
Il devient évident au cours de l’acte III que Don José blâme Carmen pour les mauvais choix qu’il a fait. Les amants se querellent et se quittent, ce qui arrive malheureusement plus souvent qu’on ne le souhaiterait. L’amour n’est pas éternel. Comme le dit Carmen, « il vient, s’en va, puis il revient ». L’amour s’en est allé pour Carmen et Don José qui se quittent à la fin de l’acte III.
Durant l’acte IV, nous retrouvons Carmen au bras du beau torero Escamillo, s’apprêtant à assister à une corrida. Alors que la foule entre dans l’arène, Carmen reste à l’extérieur pour une dernière confrontation avec Don José au cours de laquelle elle affirme une dernière fois son indépendance et sa liberté.
Don José, dans un élan de folie digne des plus grands antagonistes hollywoodiens, porte un coup fatal à la jeune femme qu’il prétend aimer, suivant l’adage bien connu « Si je ne peux pas l’avoir, personne ne l’aura ». La mort de Carmen est un meurtre perpétré par un homme voulant assoir une dernière fois sa domination et arracher à Carmen son bien le plus précieux : sa vie.
Contrairement à d’autres personnages féminins tels que Mimi (La Bohème) ou Violetta (La Traviata), Carmen n’est pas emportée par la maladie à la suite d’une dernière aria poignante qui nous émeut aux larmes. Elle ne subit pas une lente agonie durant laquelle elle ferait le bilan de sa vie et des choix qui l’ont conduite jusqu’ici.
C’est pourquoi la mort de Carmen reste l’une de mes préférées à l’opéra. Elle ne me remplit pas de tristesse mais plutôt de rage et aussi de courage, le courage de vivre libre.
La mort soudaine et injuste de Carmen se produit alors qu’elle est encore jeune et pleine de vie. Carmen demeure effrontée jusqu’au bout. Elle crie sa liberté au monde alors même que le monde, en la personne de Don José, tente de la réduire au silence.