En assistant à une représentation de « La Traviata » pour la première fois, la première pensée qui m’est venue à l’esprit est que cet opéra m’a été survendu.
L’opéra « La Traviata » est considéré comme un grand classique, la réputation du morceau « Brindisi » n’est plus à faire et l’idylle entre Violetta et Alfredo figure au panthéon des plus grandes histoires d’amour tragiques au même titre que Roméo et Juliette.
Au vu de la réputation de l’opéra en question, je m’attendais – et peut être était-ce naïf de ma part – à une véritable histoire d’amour où les deux protagonistes seraient sur un pied d’égalité et où les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre seraient sincères au point de nous faire ressentir du désespoir et de la tristesse au moment de la mort de Violetta.
Désespoir et tristesse étaient au rendez-vous, ainsi qu’une pointe de colère et d’amertume. L’histoire de Violetta est en effet tragique mais pour des raisons bien différentes de celles que j’avais envisagé. Violetta est une courtisane, sa vie se résume à un ensemble de fêtes, entourée de personnes qui ne tiennent pas sincèrement à elle. Pourtant, Violetta est heureuse, ou aussi heureuse qu’elle puisse l’être au vu des circonstances, car la jeune fille se croit libre. Libre de vivre sa vie comme elle l’entend et libre de s’amuser, de profiter de la vie sans se soucier des conséquences.
L’arrivée d’Alfredo, soupirant éperdu d’amour, est sur le point de changer la donne. J’avoue avec honte avoir été surprise par la rencontre entre Violetta et Alfredo. Après tout, « La Traviata » est une histoire d’amour connue et reconnue, et je m’attendais à plus de la part d’Alfredo. Lors de leur première rencontre, Alfredo approche Violetta et lui avoue être amoureux d’elle depuis plusieurs mois alors même qu’ils ne se connaissent pas. L’homme lui déclare sa flamme et essaye de la convaincre de lui donner une chance tandis que Violetta lui assure vouloir rester célibataire et, bien sûr, libre. Alfredo ne renonce pas et finit par convaincre Violetta de quitter sa vie de fête et de partir avec lui.
Il est à noter qu’Alfredo aurait très certainement sauvé la vie de Violetta en l’arrachant à ses fêtes et excès car, dès les premières notes de l’ouverture, nous comprenons que Violetta est malade et n’en réchappera malheureusement pas.
Les deux amoureux filent le parfait amour jusqu’à ce que le père d’Alfredo les retrouve et mette un terme à leur idylle. En effet, la jeune sœur d’Alfredo, qui devait se marier avantageusement, pâtit de la mésalliance de son frère. Le père d’Alfredo vient donc plaider la cause de sa fille auprès de Violetta, cherchant à lui faire comprendre que son propre bonheur est un danger pour la sœur d’Alfredo.
Je tiens ici à faire remarquer que la vertu des femmes ne cesse d’être utilisée contre elles. La vie dissolue de Violetta est en effet un danger pour sa propre vertu et pour la réputation d’Alfredo. Son déshonneur se propage même jusqu’à la sœur de son amant. La culpabilité de Violetta ne fait aucun doute et la jeune femme décide de sacrifier son bonheur en quittant Alfredo afin de sauver la réputation de la sœur de celui-ci.
Ainsi, Violetta retourne à sa vie de fêtes et d’excès, ce qui entraîne une détérioration rapide de sa santé et sa mort.
La mort tragique de Violetta apparaît ici comme une fatalité. Sa maladie, ainsi que sa mort, sont la conséquence directe d’une vie de débauche et, dans un sens, une punition divine ou un juste retour des choses. Ceci est une façon – plus ou moins subtile – de nous rappeler que les femmes devraient laisser les hommes se charger de gérer leur vie. Après tout, Alfredo est le sauveur de Violetta. Les deux amants auraient pu vivre heureux. Malheureusement, la vie de débauche de Violetta finit par la rattraper où qu’elle soit, la privant d’Alfredo et de la vie qu’ils auraient pu avoir ensemble.